
Le défi aux Chefs d’Etats Africains :
Les crimes de la colonisation en Afrique, l’exigence des réparations et
l’urgence de la récupération de la mémoire collective africaine
Prince Kum’a Ndumbe III, Professeur Emérite des Universités, Vice-Chair, Cental Africa
Fondation AfricAvenir International (Douala, Berlin, Vienne, Paris)
www.africavenir-international.org
08 02 2026
I- La destruction de la mémoire collective africaine et l’aliénation du
mental de l’Africain
L’âge moyen des Africains en 2025 est de 19 ans
L’Afrique, berceau de l’humanité, a vu se développer le plus ancien représentant de notre espèce,
l’homo sapiens, Il y a 330.000 ans, au Maroc actuel, selon les données scientifiques les plus
récentes. Toutes les habitantes et tous les habitants actuels de la planète descendent de ces
premiers humains africains. Et demain ?
D’ici 2050 ; 1 personne sur 4 dans le monde sera née sur le continent ; en 2100, 1 personne sur 3
sera Africaine. Cela ne plaît pas à tout le monde et les tentatives d’injection de faux vaccins pour
freiner cette évolution ne semblent pas prendre le dessus. De l’origine de l’humanité à la marche
pour une nouvelle humanité, les Africains se trouvent propulsés au centre d’une responsabilité
historique. C’est aux Africains de définir et de construire leur destin, mais ce destin est lié à la
marche du monde moderne et post-moderne.
Mais comment peut-on se définir et construire son destin avec une mémoire effacée ? Une
mémoire collective soigneusement éradiquée maintient un peuple dans un esclavage perpétuel
aux allures de liberté et de prétendu modernisme. Depuis le 14è siècle, donc depuis environ 700
ans pour le commerce transatlantique d’esclaves, et depuis le VIIè siècle pour le commerce
transsaharien, des violences de destruction massive de la mémoire des Noirs d’Afrique ont été
exercées sur l’ensemble des populations noires, mais aussi sur l’ensemble des populations de leurs
oppresseurs vainqueurs.
2
Or les derniers 700 à 800 ans ont marqué d’un fer rouge l’histoire et l’évolution des peuples du
continent africain dans leur ensemble. Trois grandes périodes se dégagent dans le processus de
domination et d’éradication de la mémoire collective de ces peuples : la période de l’esclavage
transsaharien et transatlantique ; l’ère du colonialisme et les décennies actuelles du néocolonialisme.
Alors, cet Africain de 2025 à la mémoire collective effacée et ayant un âge moyen de 19 ans vous
posera, parfois avec agacement ces questions :
Le colonialisme, c’est quoi ? C’est où ? c’était quand ?
Le néo-colonialisme, c’est quoi ? Vous parlez de quoi ?
Le citoyen africain contemporain vit les suites de l’esclavage, du colonialisme et du néocolonialisme sans comprendre pourquoi il se trouve dans cette situation de manque permanent,
de détresse qu’il attribue souvent au sort divin, sans qu’il comprenne pourquoi il a plutôt envie
de fuir aussi rapidement que possible son propre pays africain, son continent, l’exil devenant la
seule alternative apparente à un si jeune âge.
La destruction de la mémoire collective africaine et l’aliénation du mental de l’Africain
constituent les crimes les plus abjectes de la domination étrangère portée par l’esclavage, le
colonialisme et le néo-colonialisme.
Dans plusieurs pays africains, on évite encore de soulever ces questions de destruction massive
de la mémoire collective, on tolère encore que certains milieux évoquent la période de l’esclavage,
sans cependant heurter un partenaire international, la question coloniale est à peine soulevée
dans les programmes scolaires quand les artères de la ville portent encore les noms d’anciens
esclavagistes ou colonialistes ; et le néo-colonialisme est à peine discuté car il demeure interdit
de brusquer un investisseur étranger.
La conférence internationale d’Alger portant sur la criminalisation du colonialisme en droit
international, conférence organisée en étroite collaboration avec l’Union Africaine, ne vient pas
seulement lever un tabou pour certains. Cette conférence encourage les pays encore hésitants à
poser de manière fondamentale la question coloniale dans leur espace national, tout en
s’appuyant sur la codification d’un nouveau droit international.
Tant que les États africains ne mettront pas la question de la mémoire collective effacée au centre
de leurs préoccupations et de leurs politiques, les citoyens africains ne saisiront jamais leur apport
fondamental à l’évolution de l’humanité. Ils vivront avec des complexes profondément intériorisés
et demeureront incapables de relever les défis du monde moderne. Pour l’histoire récente, les
siècles et décennies de l’esclavage, de la colonisation et du néo-colonialisme vont demeurer
comme les seules références pour leur passé et pour leur futur.
Il est urgent de criminaliser ces trois actions meurtrières et de très longue durée que sont
l’esclavage, la colonisation et le néo-colonialisme.
3
II- Codification internationale de l’esclavage
Plusieurs textes avaient codifié le système de traite et de l’esclavage par exemple dans les pays de
l’Occident.
« Dans les colonies anglaises, le décret de 1636 sur l’esclavage à vie à la Barbade fut pris par le
gouverneur Henry Hawley. La loi virginienne de 1662 sur l’esclavage est édicté au même moment
en Virginie, gouvernée par William Berkeley sous le règne de Charles II.
Le Code noir ou Code Noir[
2
] est le titre qui a été donné à l’ordonnance royale de Louis XIV ou
Édit royal de mars 1685 touchant la police des îles de l’Amérique française[
3
], puis aux édits
similaires de 1723 sur les Mascareignes et de 1724 sur la Louisiane, et enfin, à partir du milieu
du XVIIIe siècle, aux recueils de textes juridiques relatifs aux colonies françaises.
« Le Code noir permet les châtiments corporels pour les esclaves, y compris des
mutilations comme le marquage au fer, ainsi que la peine de mort (articles 33-36, et article
38) : tout fugitif disparu pendant un mois (marronnage) aura les oreilles coupées et sera
marqué d’une fleur de lys avant d’avoir le jarret coupé en cas de récidive, et condamné à
mort à la deuxième récidive.
La peine de mort est prévue pour avoir frappé son maître, sa femme ou ses enfants
(article 33), mais aussi pour vol de cheval ou de vache (article 35), pour la troisième
tentative d’évasion (article 38), ou pour réunion en cas de fréquentes récidives (article
16).
Article 42 : « Pourront seulement les maîtres, lorsqu’ils croiront que leurs esclaves l’auront
mérité, les faire enchaîner et les faire battre de verges ou de cordes ». »
1
La révolution industrielle qui s’amorce et se développe en Europe de 1760 à 1820 « fait basculer
une société à dominante agraire et artisanale vers une société commerciale et industrielle. Ainsi,
cette transformation, tirée par le boom ferroviaire des années 1840, affecte profondément
l’agriculture[
2
], l’économie, le droit, la politique, la société et l’environnement. »
Pendant dix ans, de 1789 à 1799, la Révolution française bouleverse les systèmes politiques et
sociaux en France et dans ses colonies. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen est
proclamée le 26 août 1789, mais Napoléon Bonaparte fait maintenir, par la loi du 20 mai 1802,
l’esclavage dans les îles récupérées des Britanniques par le traité d’Amiens, spécialement la
Martinique, ainsi qu’aux Mascareignes. Puis, il le rétablit en Guadeloupe (16 juillet 1802) et en
Guyane (décembre 1802). L’esclavage n’est pas rétabli à Saint-Domingue en raison de la
résistance victorieuse des Haïtiens contre le corps expéditionnaire envoyé par Bonaparte, ce qui
aboutit à l’indépendance de la colonie sous le nom de « République d’Haïti », le 1
er janvier 1804.
1
Code noir ou Edit du Roy, Edition Saugrain, Paris, 1718 ; Code Noir, Code noir — Wikipédia (wikipedia.org)
4
La traite négrière sera abolie en 1815 lors du traité de Vienne, et l’esclavage des Noirs dans les
colonies françaises est définitivement aboli le 4 mars 1848 et 27 avril 1848. Les maîtres esclavagistes
s’en sortent plutôt bien.
Oui, Nous devons sortir de cette logique où c’est encore le bourreau qui se voit indemnisé parce
qu’il est empêché par la loi de continuer à exercer son génocide. Après la loi d’abolition de
l’esclavage du 27 avril 1848, les 10.000 maîtres esclavagistes français ont été dédommagés dès
1849 par des indemnités d’une valeur de 126 millions de francs or, soit l’équivalent de 27 milliards
d’euros d’aujourd’hui.2
III- Criminalisation de l’esclavage et exigences de réparations
A l’issue de la Deuxième Guerre mondiale et dans l’article 4 de l’accord de Londres du 8 août
1945, la réduction en esclavage, sans plus de précision, figure parmi les crimes contre l’humanité.
En France, à propos de la criminalisation, Il faudra attendre 153 ans pour la promulgation de la Loi
n° 2001-434 du 21 mai 2001 tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant
que crime contre l’humanité, connue sous l’appelation Loi Taubira.
« Article 1
La République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite
dans l’océan Indien d’une part, et l’esclavage d’autre part, perpétrés à partir du XVe siècle,
aux Amériques et aux Caraïbes, dans l’océan Indien et en Europe contre les populations
africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre
l’humanité.
Article 2
Les programmes scolaires et les programmes de recherche en histoire et en sciences
humaines accorderont à la traite négrière et à l’esclavage la place conséquente qu’ils
méritent. La coopération qui permettra de mettre en articulation les archives écrites
disponibles en Europe avec les sources orales et les connaissances archéologiques
accumulées en Afrique, dans les Amériques, aux Caraïbes et dans tous les autres
territoires ayant connu l’esclavage sera encouragée et favorisée.
2
Les compensations versées aux propriétaires d’esclaves par la France au XIXe siècle publiées en ligne
Par Coumba Kane et Julien Bouissou
Publié le 08 mai 2021 à 12h12, modifié le 09 mai 2021 à 18h31
https://www.lemonde.fr/afrique/article/2021/05/08/les-compensations-versees-aux-proprietaires-d-esclaves-parla-france-au-xixe-siecle-rendues-publiques_6079584_3212.html
Les indemnités versées aux propriétaires d’esclaves recensées dans une base de données
Sciences humaines et sociales, 07 mai 2021, https://www.cnrs.fr/fr/presse/les-indemnites-versees-auxproprietaires-desclaves-recensees-dans-une-base-de-donnees
5
Article 3
Une requête en reconnaissance de la traite négrière transatlantique ainsi que de la traite
dans l’océan Indien et de l’esclavage comme crime contre l’humanité sera introduite
auprès du Conseil de l’Europe, des organisations internationales et de l’Organisation des
Nations unies. Cette requête visera également la recherche d’une date commune au plan
international pour commémorer l’abolition de la traite négrière et de l’esclavage, sans
préjudice des dates commémoratives propres à chacun des départements d’outre-mer. »
Pour les Etats-Unis, on peut se référer aux grands débats reproduits dans le livre, « L’Amérique doit-elle
payer ? »
3
Nous attendons toujours qu’au-delà du Statut de Rome du 17 juillet 1998, cette criminalisation de
l’esclavage soit codifiée dans la juridiction internationale.
IV- Criminalisation du colonialisme et exigences de réparations
Entre 1954 et 1962 en effet, l’armée et l’administration françaises ont déplacé en Algérie au moins
2,35 millions de ruraux dans quelque 2 392 camps de « regroupement », dont les objectifs,
d’abord stratégiques et militaires étaient de – « vider » les campagnes de leurs habitants pour
priver le FLN-ALN de tout soutien logistique, humain et politique –
4
En septembre 1958, Michel Rocard, jeune énarque occupant le poste d’Inspecteur des Finances,
est envoyé en mission en Algérie « dans le cadre d’une opération de ‘‘renforcement administratif »
décidée par le général de Gaulle»
« [Il] a fait scandale, parce qu’il y expliquait que plus de 2,5 millions de paysans algériens avaient
été déplacés de force par l’armée, c’est énorme ! Lui-même, Michel Rocard, parlait de crime
contre l’humanité, parce que certains de ces paysans sont morts de faim», relève l’historien
Benjamin Stora.5
3
Edited by Raymond A. Winbush, PhD, Should America Pay? Slavery and the Raging Debate in Reparations, Amistad,
An Imprint of HarperCollins Publishers, 2003
4
Fabien Sacriste, Avril 2022, Scandale, propagande et contre-propagande en Algérie : le sort de la « Note » de
Michel Rocard dans l’histoire des camps de regroupement, Scandale, propagande et contre-propagande en Algérie :
le sort de la « Note » de Michel Rocard dans l’histoire des camps de regroupement
5 Quand Michel Rocard dénonçait l’enfer des camps de déplacés dès 1959
Mustapha Benfodil Publié dans El Watan le 26 – 02 – 2017
Djazairess : Quand Michel Rocard dénonçait l’enfer des camps de déplacés dès 1959
6
Le 16 février 2017, Emmanuel Macron, candidat à la Présidentielle d’En Marche ! tient ces propos
en Algérie
« La colonisation fait partie de l’histoire française. C’est un crime, c’est un crime contre l’humanité,
c’est une vraie barbarie et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en
présentant aussi nos excuses à l’égard de celles et ceux envers lesquels nous avons commis ces
gestes »
La réaction fut un tollé de protestation en France. Macron essaiera de baisser la tension plus tard
en parlant de « Crime contre l’humain »
- L’Algérie a tenté en 2010 de saisir la CPI pour enquêter sur les crimes coloniaux français,
mais l’initiative n’a pas abouti
Sénégal, Vietnam, Mali : Plusieurs pays ont lancé des débats et des initiatives au sein
d’organisations régionales et internationales pour condamner les crimes coloniaux et demander
des enquêtes, mais sans succès devant la justice internationale.
Cambodge : Le Cambodge a saisi la Cour internationale de Justice (CIJ) pour demander la
responsabilité de la France pour la période coloniale, mais sans mener à une procédure formelle.
La CPI ne peut pas juger rétroactivement des crimes commis avant son statut en 2002. C’est un obstacle
majeur pour juger les crimes coloniaux.
A l’ONU par contre, le crime contre l’humanité a souvent été décrié dans les situations coloniales.
l’Assemblée générale de l’ONU a condamné la domination coloniale : dans sa résolution 2270
(XXII), en 1967, par exemple, elle dénonce la « guerre coloniale » menée par le Portugal sur les
territoires africains administrés par cet État et qualifie de crime contre l’humanité la politique de
ce gouvernement qui, en procédant à l’installation d’immigrants étrangers, viole les droits
économiques et politiques de la population autochtone.
Le Conseil de sécurité, également, n’a pas hésité à considérer comme des « menaces contre la
paix et la sécurité internationales » certaines hypothèses de domination coloniale (ce fut le cas
notamment à propos de la Rhodésie du Sud, aujourd’hui le Zimbabwe).
La reconnaissance de la responsabilité mise en avant
Dans le même sens, en 2001, une sous-commission onusienne (la sous-commission de la
promotion et de la protection des droits de l’homme) encourageait « la reconnaissance de la
responsabilité et les réparations pour les violations flagrantes et massives des droits de l’homme
7
en tant que crime contre l’humanité qui se sont produites durant la période de l’esclavage, du
colon et des guerres de conquête »
La Commission du droit international – organe des Nations unies chargé de codifier et de
développer le droit international – s’est, elle aussi, intéressée à la question du colonialisme à
l’occasion de ses travaux relatifs au Code des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité. En
1989, elle qualifiait ainsi de crime contre l’humanité « l’implantation de colons sur un territoire
occupé ». En outre, elle incriminait au titre de « crime contre la paix et la sécurité de l’humanité »
l’établissement ou le maintien par la force d’une domination coloniale ou de toute autre forme
de domination étrangère en violation du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
Dans un premier temps, ces propositions ont été accueillies favorablement par les membres de
la commission, qui se sont dits sensibles aux conséquences et aux souffrances qu’entraîne le
colonialisme. Toutefois, ces dispositions ont finalement été abandonnées. En effet, la commission
n’est pas parvenue à définir avec suffisamment de précision cette notion de « domination
coloniale ».
1993 La Déclaration d’Abuja de l’OUA
La « Déclaration d’Abuja » de l’OUA en 1993 est en fait la « Proclamation d’Abuja », une
déclaration de la première Conférence panafricaine sur les réparations. Patronnée par
l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), la conférence s’est tenue à Abuja, au Nigeria, du 27 au
29 avril 1993. Elle appelait à la mise en place de comités nationaux pour étudier les dommages
causés par l’esclavage et la colonisation, à la restitution des artefacts africains volés et à
l’établissement du « droit de retour » pour les citoyens de la diaspora qui souhaitaient s’installer
en Afrique.
2019 Politique de justice transitionnelle africaine
L’Union Africaine adopte en 2019 une politique de justice transitionnelle comme instrument
critique pour accompagner les pays africains dans leur quête de gérer les traumatismes hérités
de l’esclavage, de la colonisation, de l’apartheid, des répressions systémiques et des guerres
civiles.
2023 Le sommet d’Accra sur les réparations
Le sommet d’Accra de l’Union Africaine et du gouvernement du Ghana, avec des délégués des
gouvernements des Caraïbes, de l’ONU et de CARICOM vise à développer des stratégies de justice
réparatrices dans le contexte historique de l’esclavage et du colonialisme. La création d’un Fonds
Global de Réparations devant soutenir les compensations et la poursuite d’une justice sur
l’esclavage est agrée.
8
2024 Décision 884 (XXXVII) et 934 (XXXVIII) de l’Assemblée de l’Union Africaine
L’Assemblée des Chefs d’Etat et de Gouvernements du 17 au 18 février 2024 décide de LA MISE
EN ŒUVRE DE LA FEUILLE DE ROUTE DU THÈME DE L’ANNÉE 2025 : « JUSTICE POUR LES AFRICAINS
ET LES PERSONNES D’ASCENDANCE AFRICAINE PAR LES RÉPARATIONS ») Doc. EX. CL/1569(XLVI))
RÉAFFIRME qu’il s’agit d’une étape cruciale vers la recherche de la justice et de l’apaisement pour
les Africains et les personnes d’ascendance africaine et vers l’appel à la responsabilité pour les
crimes odieux commis contre les Africains et la Diaspora mondiale africaine pendant les périodes
de la traite transatlantique, de la colonisation, de l’apartheid, du génocide et du néo-colonialisme
notamment les déportations, les massacres de masse, les détentions arbitraires, le recours à la
torture, le pillage des ressources naturelles et les essais nucléaires, qui ont occasionné des
catastrophes humaines et environnementales pendant l’ère coloniale ;
- SE FÉLICITE du rapport d’étape de la Commission sur la mise en œuvre de la décision
Assembly/AU/Dec.884(XXXVII) et de la décision Ex.CL/Dec1267(XLV) notamment de la feuille de
route [Rev 1] ; ADOPTE le rapport d’étape de la Commission ; et INVITE les États membres à
assurer les fonds nécessaires à la mise en œuvre effective des activités qui y sont spécifiées ; - DEMANDE aux États membres de mettre en œuvre le thème de l’année 2025 dans leurs pays
respectifs ; et APPELLE une fois de plus les États membres à allouer des ressources suffisantes
pour la mise en œuvre du thème de l’année au niveau national ; - APPROUVE la proposition de S.E.M Abdelmadjid TEBBOUNE, Président de la République
Algérienne Démocratique et Populaire d’instituer une journée africaine d’hommage aux martyres
et victimes africains de la traite transatlantique, de la colonisation et de l’apartheid et DEMANDE
à la Commission d’engager des consultations avec les Etats membres en vue de définir cette date - SE FÉLICITE ÉGALEMENT de l’offre faite par l’Algérie d’accueillir une Conférence internationale
sur les crimes du colonialisme, en coordination avec la Commission ;- DEMANDE à la Commission, en étroite collaboration avec les États membres de l’UA, les
organes et institutions compétents de l’UA et les CER, les organisations de la société civile
panafricaine, les universités africaines, les organismes religieux, les ONG compétentes, les parties
prenantes concernées de la diaspora africaine, notamment la CARICOM, les organes compétents
des Nations unies et d’autres acteurs importants au niveau mondial, de coordonner la mise en
œuvre du thème de l’année 2025, d’assurer le suivi des progrès et de soumettre un rapport
d’étape à la 7e Réunion de coordination semestrielle prévue en juin/juillet 2025, ainsi qu’à la 39e
session ordinaire de la Conférence qui se tiendra en février 2026.
Février 2025 : l’Union Africaine parle de crime contre l’humanité
L’Union africaine (UA) a franchi une étape majeure en adoptant une résolution historique le 16
février 2025. À l’initiative du Togo, cette décision a été entérinée lors de la 38e session ordinaire
9
de la conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’UA. La résolution y relative qualifie
explicitement l’esclavage, la déportation et la colonisation de crimes contre l’humanité et de
génocides commis à l’encontre des peuples africains.
L’Union Africaine reconnaît enfin l’esclavage et la colonisation comme crimes contre l’humanité.
Présentée sous l’égide du président Faure Gnassingbé, cette reconnaissance marque une
première dans l’histoire de l’organisation panafricaine.
La Déclaration d’Alger du 1
er décembre 2025
Sur invitation de S. E. Monsieur Abdelmadjid Tebboune, Président de la République Algérienne
Démocratique et Populaire, une conférence sur les crimes du colonialisme en Afrique eut lieu à
Alger du 30 novembre au 1er décembre 2025. Elle fut clôturée par la « Déclaration d’Alger » qui
devait être soumise pour adoption à la conférence des Chefs d’Etats de l’UA en février 2026.
La Déclaration suggère un programme engagé de 10 ans, allant de 2026-2035, demandant :
les anciennes puissances coloniales à « assumer pleinement leurs responsabilités historiques à
travers la reconnaissance publique et explicite des injustices commises »
la création d’archives numériques panafricaines sur l’esclavage, la colonisation, l’apartheid et le
néo-colonialisme
la redéfinition des curricula éducatifs pour une approche plus globale de l’histoire africaine
la mise en place de mémoriaux, musées et journées de commémoration
la mise en place de Commissions nationales de vérité et réparations dans les Etats membres de
l’UA pour garantir la responsabilité juridique et morale pour les crimes coloniaux et leurs
conséquences durables
le renforcement des mécanismes juridiques nationaux, régionaux et internationaux afin de
promouvoir la codification de la criminalisation de la colonisation dans le droit international
la restitution inconditionnelle des archives, des objets de culte et d’art, des objets sacrés, des
restes ancestraux
l’évaluation des destructions écologiques sur le continent
l’engagement d’un audit menant à des compensations pour les richesses pillées, l’annulation de
la dette, un financement équitable du développement et la mise sur pied d’une nouvelle
architecture financière internationale
la création d’un Comité panafricain de la Mémoire et de la Vérité historique ayant pour mission
d’harmoniser les approches historiques, superviser la collecte des archives, coordonner les
centres de recherche africains et de produire des analyses et recommandations
10
A la suite de la Déclaration d’Alger, le Parlement algérien a adopté le 24 décembre 2025 à
l’unanimité la proposition de loi qualifiant la colonisation française qui a duré de 1830 à 1962 de
« crime d’Etat », avec une trentaine de crimes imprescriptibles, tout en réclamant de la France
des « excuses officielles » et des indemnisations. Les députés ont retenu les exécutions
extrajudiciaires, les essais nucléaires français de 1960 à 1966, les déplacements forcés, l’utilisation
d’armes chimiques, les tortures, les viols, les pillages, la restitution des archives et biens culturels
algériens. Le Conseil de la Nation (Sénat) a adopté la loi le 22 janvier 2026 tout en demandant à
une commission paritaire de réécrire les dispositions relatives aux excuses et réparations
financières, le Président Tebboune privilégiant la reconnaissance des crimes coloniaux sans
marchandage financier préalable.
Il est prévu que le dossier sur les réparations des crimes coloniaux sera mis sur la table des Chefs
d’Etats Africains lors de la 39è session ordinaire de la Conférence de l’Union Africaine les 14-15
février 2026. Il serait prudent d’y prêter une grande attention.
- DEMANDE à la Commission, en étroite collaboration avec les États membres de l’UA, les


