
de l’Ambassadeur Amr Aljowaily,
Directeur de la Direction des citoyens et de la diaspora (CIDO)
Commission de l’Union africaine devant la Réunion des bureaux conjoints et les consultations du Comité d’experts de l’Union africaine sur les réparations (AUCER) et du Groupe de référence d’experts juridiques de l’Union africaine (AULER) tenues sous les auspices de S.E. John Dramani Mahama, Président de la République du Ghana Responsable de l’Union africaine pour la promotion de la justice et des réparations aux Africains et aux personnes d’ascendance africaine
9-10 février 2026, Accra, République du Ghana.
L’Honorable Samuel Okudzeto Ablakwa, Ministre des Affaires étrangères de la République du Ghana,
L’Honorable Directrice générale, Ambassadrice Khadija Iddrisu, Directrice générale, Ministère des Affaires étrangères.
L’Honorable Envoyé spécial Spio-Ghabrah
Excellences,
Honorable Dr Jane Mufamadi, présidente de l’AUCER
Honorable avocat Kingston Magaya Ag.
Mesdames et Messieurs les représentants du gouvernement du Ghana,
Chers collègues et partenaires,
C’est un honneur pour moi de prendre la parole à l’occasion de cette réunion et consultation des Bureaux mixtes de l’AUCER et de l’AULER, réunie ici à Accra, au Ghana, du 9 au 10 février 2026.
Permettez-moi, en préambule, de transmettre, au nom du Président de la Commission de l’Union africaine, Mahamoud Ali Youssouf, nos remerciements à Son Excellence John Dramani Mahama, Président de la République du Ghana et Secrétaire général de l’Union africaine, pour son engagement en faveur de la justice et des réparations pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine, ainsi qu’au gouvernement et au peuple du Ghana, si chaleureusement représentés lors de notre séance d’ouverture par M. Samuel Okudzeto Ablakwa, Ministre des Affaires étrangères, pour leur généreux et pour le leadership éclairé qui a permis de faire progresser la justice réparatrice, de la vision à la mise en œuvre.
Excellences, chers collègues,
Notre réunion se tient à un moment charnière pour notre continent et sa diaspora. En 2025, la Conférence des chefs d’État et de gouvernement a désigné comme thème de l’année de l’Union africaine « Justice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine par le biais de réparations », par la décision 884. Par cette décision, notre Union a élevé la justice réparatrice du statut d’appel moral à celui de programme d’action continental structuré pour faire face aux conséquences persistantes de l’esclavage transatlantique, du colonialisme, et de l’apartheid, considérés comme des crimes contre l’humanité et un génocide perpétré contre les peuples africains. Ce thème a permis de garantir que les réparations ne soient plus traitées comme une question périphérique ou symbolique, mais comme un pilier central de la quête de l’Afrique pour la dignité, l’égalité et une souveraineté véritable au XXIe siècle.
Surtout, le thème de l’année a positionné la justice réparatrice comme un levier stratégique de la souveraineté, de l’autonomie politique et du renouveau continental de l’Afrique, ancrés dans la mise en œuvre de l’Agenda 2063. Dans ce cadre, les réparations sont explicitement alignées sur l’aspiration 3 relative à la bonne gouvernance, à la démocratie, au respect des droits de l’homme, à la justice et à l’état de droit ; l’aspiration 5 relative à une Afrique dotée d’une identité culturelle forte, de valeurs partagées et d’un patrimoine commun ; et l’aspiration 7 relative à une Afrique forte, unie et influente sur la scène mondiale. Concrètement, cela signifie que la justice réparatrice est considérée comme un levier transversal qui sous-tend de multiples aspects.
Excellences,
Au cours de l’année écoulée, notre Union a pris des mesures décisives pour traduire l’engagement politique en responsabilité institutionnelle.
Les décisions 884 et 903 de l’Assemblée ont imposé l’intégration de la justice réparatrice dans l’ensemble du système de l’Union africaine, tandis que la décision 913 relative à la convocation du 9e Congrès panafricain et la décision 934 qualifiant l’esclavage transatlantique, la déportation et la colonisation de crimes contre l’humanité ont renforcé le fondement normatif de notre action.
Ensemble, ces décisions constituent le cadre continental le plus solide en matière de réparations pour les crimes coloniaux historiques. Elles lèvent également toute ambiguïté quant à la manière dont l’Union africaine traite ces injustices historiques : s’agit-il d’événements isolés du passé ou d’injustices structurelles exigeant réparation aujourd’hui et demain ?
Architecture institutionnelle
Pour donner effet à ces décisions, l’un des principaux accomplissements du thème de l’année 2025 a été la création d’une architecture institutionnelle solide pour soutenir le programme de justice réparatrice. Au cœur de cette architecture se trouve l’Équipe de coordination de l’UA sur les réparations, coordonnée par le CIDO, qui réunit les départements, les organes, les institutions spécialisées et les organes de représentation et de liaison de l’UA dans une approche systémique
Dans ce cadre, et conformément à la décision 884 de l’Assemblée et à la décision
EX.CL/Déc.1311(XLVII) du Conseil exécutif, le CIDO a coordonné la constitution du Comité d’experts sur les réparations (AUCER) et du Groupe de référence d’experts juridiques (AULER) et a tenu leurs réunions inaugurales dans les locaux de l’UA du 15 au 19 décembre 2025.
Ces réunions inaugurales ont constitué une étape importante. Chaque mécanisme a constitué son Bureau, a adopté des conclusions et des documents-cadres pour orienter ses travaux futurs et a mis en place des groupes de travail thématiques. Ces groupes de travail traitent de la gouvernance mondiale et des réparations structurelles ; des réparations économiques, environnementales et culturelles. Réparations scientifiques et éducatives ; plaidoyer, communication et production de connaissances ; ainsi que les sources applicables du droit international dans une perspective afro centrée, la classification et la qualification des crimes historiques, les pratiques et modalités comparatives de réparation, et les stratégies de mobilisation juridique. Votre réunion conjointe des bureaux ici à Accra constitue la prochaine étape pour consolider cette architecture, renforcer la coordination et favoriser les échanges entre les deux mécanismes, de manière à éclairer les politiques, la diplomatie et le droit à tous les niveaux.
Excellences,
Le thème de l’année 2025 a été lancé lors d’engagements de haut niveau qui ont souligné l’indivisibilité de l’Afrique et de sa diaspora, réaffirmant que la justice réparatrice est intrinsèquement transcontinentale. La phase de lancement a privilégié un changement de discours global : les réparations ont été délibérément
Repositionnées comme un programme de justice tourné vers l’avenir, faisant partie intégrante du développement, du renouveau culturel, de l’équité scientifique et technologique et de la réforme institutionnelle, ainsi que de la réparation des injustices historiques sont au cœur de cette réflexion.
Ce nouveau cadre a été amplifié par les commémorations de la Journée de l’Afrique, les consultations multipartites et les débats universitaires et politiques, soulignant que les réparations concernent non seulement le passé, mais aussi les inégalités structurelles actuelles et les conditions d’une prospérité partagée future.
Ce changement de perspective renforce la justice réparatrice comme pilier de la lutte plus large de l’Afrique pour la souveraineté épistémique, économique, technologique et culturelle. Il relie directement la réparation historique aux questions de savoir qui produit le savoir, qui contrôle la technologie, qui établit les règles mondiales et qui bénéficie de l’ordre international actuel. Alors que nous entrons dans la Décennie 2026-2035 pour la justice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine par le biais des réparations, cette perspective intégrée sera essentielle pour garantir que notre travail sur les réparations façonne, et soit façonné par, les luttes plus larges pour une transformation systémique. Intégration systémique et allocation des ressources
Excellences, distinctions et participants distingués,
Un autre développement clé a été le processus d’intégration systémique et d’allocation des ressources.
Les décisions de l’Assemblée ont marqué un tournant, passant d’une approche des réparations comme initiative isolée à une approche les positionnant comme une priorité transversale de l’Union, directement liée à la mise en œuvre de l’Agenda 2063 et aux cadres de performance de son deuxième plan décennal de mise en œuvre. La Commission a lancé des processus visant à désigner les réparations comme un enjeu et un projet phares de l’Union, en intégrant les considérations de justice réparatrice dans la révision du Plan stratégique de l’UA 2024-2028 et dans l’élaboration du Document-cadre budgétaire 2027. Parallèlement, la Commission a collaboré avec les États membres pour renforcer l’intégration au niveau national, notamment en les encourageant à organiser des conférences et des plateformes annuelles sur les réparations, renforçant ainsi l’appropriation et la mise en œuvre aux niveaux national et régional.
Définition de l’agenda et plaidoyer
La définition de l’agenda et le plaidoyer ont également été au cœur de l’Année des réparations. Dans l’ensemble du système de l’UA, les initiatives thématiques et sectorielles ont été alignées sur l’agenda des réparations, et les principaux événements organisés par l’UA ont intégré le thème de l’année dans leurs délibérations centrales. La coordination au sein du Groupe africain, œuvrant par l’intermédiaire des missions permanentes de l’UA à Genève, New York, Bruxelles et Washington, s’est avérée déterminante pour la promotion d’une stratégie cohérente. Cela a contribué à l’adoption de résolutions clés au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies et à l’Assemblée générale des Nations Unies qui placent la justice réparatrice au centre des délibérations au sein du système des Nations Unies, notamment par le biais de la participation aux organes conventionnels, des processus consultatifs et d’autres voies de développement normatif.
Partenariats stratégiques et engagement multilatéral
Excellences,
Nos efforts continentaux ont été renforcés par des partenariats stratégiques et un engagement multilatéral.
La mise en œuvre du Mémorandum d’entente UA-CARICOM sur le renforcement de l’engagement auprès des personnes d’ascendance africaine, et la tenue du deuxième Sommet Afrique-CARICOM dans les locaux de l’UA, ont abouti à la Déclaration d’Addis-Abeba sur le partenariat transcontinental en faveur d’une justice réparatrice.
L’engagement auprès du système des Nations Unies, en particulier l’UNESCO et l’Instance permanente des Nations Unies sur les personnes d’ascendance africaine, a amplifié le leadership normatif de l’Afrique et a inscrit les réparations dans le contexte des défis contemporains tels que les inégalités numériques et les asymétries structurelles mondiales.
Des préparatifs sont en cours pour accueillir, pour la première fois sur le sol africain, une session de l’Instance permanente des Nations Unies sur les personnes d’ascendance africaine dans les locaux de l’UA à Addis-Abeba, ce qui consolidera la position de l’Afrique comme point de référence dans le discours mondial sur les réparations.
Le thème de l’année a également occupé une place importante dans les partenariats de l’Afrique au-delà du continent. Lors du
7e Sommet Union africaine-Union européenne, la Déclaration commune a, Pour la première fois, l’Union a reconnu et profondément regretté les souffrances indicibles causées par la traite négrière, le colonialisme et l’apartheid, réaffirmé son soutien à la Déclaration et au Programme d’action de Durban et reconnu la contribution constante des Africains et des personnes d’ascendance africaine à l’avenir des relations Afrique-Europe.
Ces évolutions constituent un socle diplomatique important alors que notre Union passe d’une Année des réparations à une Décennie de la justice, et appellent à des engagements politiques, juridiques et financiers plus ambitieux de la part de nos partenaires.
Lacunes persistantes
Excellences, Chers collègues,
Parallèlement, nous devons aborder notre travail avec lucidité quant aux lacunes qui subsistent. Le thème de l’Année 2025 a mis en lumière des contraintes structurelles critiques, notamment les capacités limitées en ressources humaines dédiées à la justice réparatrice, la nécessité d’une pleine opérationnalisation et d’un financement durable des mécanismes d’experts tels que l’AUCER et l’AULER, ainsi que la nécessité d’un engagement plus approfondi et structuré au niveau national. Au niveau international, il demeure urgent d’élargir et d’approfondir les partenariats, et de mobiliser un soutien politique et institutionnel durable en faveur de la justice réparatrice au sein des Nations Unies et ses agences spécialisées.
Nos délibérations des deux prochains jours seront essentielles pour identifier des réponses concrètes, priorisées et séquentielles à ces lacunes.
Contribution future d’AUCER et d’AULER
À cet égard, le mandat confié à AUCER et à AULER est à la fois technique et profondément politique. En tant qu’experts, vous êtes appelés à clarifier les concepts relatifs aux formes, aux modalités et aux critères des réparations, à élaborer des stratégies juridiques et diplomatiques novatrices et à définir un cadre afro centrique pour la qualification des crimes historiques et la formulation des demandes. En tant que panafricanistes, vous êtes appelés à veiller à ce que ce travail s’appuie sur le vécu, les aspirations et le pouvoir d’agir des Africains et des personnes d’ascendance africaine, notamment les jeunes, les femmes et les communautés dont la voix a été historiquement marginalisée en droit international et en diplomatie. Les groupes de travail que vous dirigez — sur les réparations structurelles en matière de gouvernance, sur la justice économique et environnementale, sur la réparation culturelle, éducative et scientifique, et sur la mobilisation juridique et la pratique comparée — sont les moteurs grâce auxquels cette transformation peut devenir réalité.
Excellences,
L’initiative du gouvernement ghanéen est hautement louable pour trois raisons principales :
• Elle renforce le lien entre les travaux des deux mécanismes de réparation de l’UA et le/la chef de file/champion(e) de l’UA pour les réparations, assurant ainsi la cohérence et l’articulation de l’expertise technique et du leadership politique.
• Elle améliore la coordination et favorise les échanges entre les deux mécanismes qui, selon le mandat de l’Assemblée, étaient distincts.
• Elle adresse un message diplomatique fort, en amont du Sommet de février, à la communauté internationale, quant à l’importance des appels à la réparation et à la justice.
Cette réunion des bureaux conjoints à Accra offre donc trois grandes opportunités :
- Premièrement, consolider une feuille de route continentale cohérente pour la Décennie 2026-2035 pour la justice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine par le biais des réparations, avec des étapes clés, des indicateurs et une répartition des tâches claires entre la Commission de l’UA, les États membres, les CER, la société civile et les partenaires internationaux.
- Deuxièmement, réorienter nos stratégies juridiques et diplomatiques afin que les avis consultatifs, les résolutions de l’ONU, les décisions des tribunaux régionaux et les processus nationaux se renforcent mutuellement et contribuent à faire évoluer les normes et pratiques internationales en faveur d’une justice réparatrice.
- Troisièmement, approfondir la co-création avec la société civile, le monde universitaire, les institutions culturelles et les communautés, en reconnaissant que des progrès durables en matière de réparations nécessitent une large appropriation par la société et un engagement intergénérationnel.
La Commission, par l’intermédiaire du CIDO, reste pleinement engagée à vous soutenir dans ces tâches. En tant que coordinateur de l’équipe de coordination de l’UA sur les réparations, notre rôle est de veiller à ce que vos recommandations se traduisent en programmes concrets à travers l’Union et que les voix de la diaspora soient systématiquement intégrées à nos processus.
Nous serons honorés de continuer à travailler avec le Bureau de Son Excellence le Président Mahama, avec les États membres, la CARICOM et d’autres partenaires régionaux, ainsi qu’avec l’ensemble du système des Nations Unies, afin de mobiliser le soutien politique, institutionnel et financier nécessaire à la mise en œuvre de vos orientations.
Excellences,
Mes chers collègues,
L’Union africaine est entrée dans une nouvelle phase d’action continentale cohérente en matière de justice et de réparations, faisant preuve de clarté morale et de leadership politique. L’année 2025 doit être commémorée non seulement comme une étape symbolique, mais aussi comme le fondement d’une architecture de réparations durable et sans précédent, qui donne un sens concret à la solidarité panafricaine à travers le temps et l’espace. Notre tâche collective, alors que nous nous engageons dans cette Décennie de la justice, est de veiller à ce que nous passions résolument de la reconnaissance à la restitution, à la réforme et à la réparation – par le biais de changements politiques concrets, de réformes institutionnelles et d’engagements matériels qui s’attaquent aux séquelles persistantes des crimes historiques et coloniaux.
En conclusion, permettez-moi d’exprimer une fois encore, au nom du Président de la Commission de l’Union africaine, Mahamoud Ali Youssouf, ma profonde gratitude, par l’intermédiaire de l’Honorable Samuel Okudzeto Ablakwa, Ministre des Affaires étrangères de la République du Ghana, à Son Excellence John Dramani Mahama pour son rôle inestimable de chef de file de l’Union africaine en matière de justice et de réparations pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine, ainsi qu’au Gouvernement et au Peuple du Ghana pour avoir accueilli cette réunion conjointe des bureaux.
Je tiens également à remercier chacun d’entre vous pour votre dévouement et l’expertise que vous apportez à cette initiative historique.
Je suis convaincu que nos délibérations ici à Accra traceront une voie claire, ambitieuse et réalisable vers un avenir où la justice réparatrice ne sera pas une aspiration, mais une réalité vécue pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine partout dans le monde.
Je vous remercie


